15 000 litres de glands seront ramassés cette année jusqu’à ce mercredi 21 octobre 2020 au pied des chênes remarquables de la forêt de Bercé. Les « glandeurs » ont pour mission de sélectionner les plus beaux fruits pour l’Office national des forêts. Ces glands deviendront des plants qui régénéreront les forêts françaises.

Les rires fusent au rond de la Croix-Marconnay, parcelle 132 en forêt de Bercé près de Jupilles, ce jeudi 15 octobre 2020. L’ambiance est détendue, le cadre champêtre. C’est presque la fin de la journée de ramassage des glands. Lou, Gabrielle, Mélissa, Camille et Clément ont leurs seaux remplis de fruits des chênes sessiles alentours. Ils sont élèves de la maison familiale rurale d’Azay-le-Rideau (Indre-et-Loire).

« Il faut que les glands soient marron foncé ou verts, gros, brillants, pas véreux. S’ils sont germés, le germe ne doit pas mesurer plus d’un centimètre de long », explique  Camille. « Pour les ramasser, on s’installe sous les gros chênes », poursuit Clément.

Cette   journée-là,   1 997   litres   de glands  ont  été  ramassés  par  une quarantaine de « glandeurs » : des associations de parents d’élèves, des associations  sportives  ou  d’insertion  en  lien  avec  la  protection  de judiciaire  de  la  jeunesse,  des  mai- sons familiales rurales. « Les ramas- seurs  sont  payés  2,25 €  le  litre.  Ils reviennent  chaque  année.  Je  suis même obligé de refuser du monde », souligne Anthony Jeanneau, technicien forestier de la forêt domaniale de Bercé dans le Sud-Sarthe. Cette rémunération finance des projets socioculturels. Pour ces élèves de la MFR d’Azay-le-Rideau, la cagnotte ainsi constituée contribuera à financer un voyage de classe.

Qualité moyenne

Le ramassage des glands en forêt de Bercé   a   commencé   la   première semaine d’octobre et se poursuivra jusqu’au mercredi 21 octobre.

«  L’objectif     est     de     ramasser 15  000  litres  de  glands.  Nous  nous étions initialement fixé 8 000 litres mais c’est une récolte moyenne quant à la qualité. Il y a beaucoup de glands mais la moitié d’entre eux sont parasités. Les parasites du gland, le charançon  notamment,  ont  connu,  au printemps et cet été, des conditions idéales pour se multiplier », souligne Anthony Jeanneau.

Traçabilité

Après la journée de ramassage, les glands sont mis en sac à l’atelier de l’ONF situé au cœur de la forêt de Bercé  entre  Jupilles  et  Saint-Vincent-du-Lorouër.  «  Chaque  sac  est étiqueté avec un certificat de provenance et scellé. Cela permet une traçabilité  des  glands  »,  explique  le technicien forestier. Les fruits des chênes remarquables de Bercé sont ramassés pour devenir  des plants. Les graines seront semées en pépinières  de  l’ONF  ou  indépendantes pour  donner  de  jeunes  arbres  qui seront  replantés  en  forêt.  «  D’où l’importance de la traçabilité, insiste Anthony Jeanneau. Les jeunes plants issus des glands de la forêt de Bercé seront  plantés  dans  les  forêts  du nord-ouest  de  la  France  ou  de  la région  parisienne.  Ils  ne  pourront l’être dans le sud de la France car leur patrimoine génétique n’est pas adapté aux conditions climatiques de cette région ».

Direction le Jura 

Le lendemain, les sacs de glands ont pris la direction du Jura pour être acheminés jusqu’à la sécherie de la Joux dans le Jura. C’est la sécherie de l’ONF qui accueille et stocke tou- tes les graines collectées des peuplements des forêts gérées par l’ONF : les faînes du hêtre, les glands du chêne et la samare de l’érable. Les graines  traitées  par  la  sécherie  de  la Joux  proviennent  de  400  peuplements classés, couvrant 36 000 ha dans les forêts domaniales du territoire français.

Les glands seront triés afin d’enlever ceux qui sont parasités puis stockés dans   des   chambres   froides.   Ils seront déstockés à la demande des pépinières pour réaliser des plants. Plusieurs  décennies  vont  s’écouler avant  que  les  glands  ramassés  par Lou, Taïssa et les autres ce jour-là ne deviennent des chênes qui produiront à leur tour des glands. « Il faut trente ans pour qu’un chêne sessile donne des glands. En forêt de Bercé, les glands ne sont ramassés que dans les parcelles de plus de 100 ans ». Le temps de la forêt n’est pas celui de l’homme.

Isabelle JULIEN

Voir  l’article paru le 21 octobre 2020 dans le Maine Libre